Aumône



Dans le creux odorant de la toile froissée,
Il a cet oeil curieux, indiscret et osé,
Ce doigté frémissant, virtuose, impudent,
Le sourire étudié, insolent, arrogant.

Il ne demande pas, il prend si simplement,
Il ne sait pas les mots,
Il ne fait pas de fleurs,
Il préfère la sueur,
Il joue comme un soldat, un enfant turbulent,
Les yeux mi-clos,
Le front plissé, têtu mais hésitant,
Il est pourtant précis comme l'est un bourreau.

Lorsque mon corps se ploie et que le sien ruisselle,
Lorsque d'un coup de rein il se croit maître et roi,
Impassible, cruel...
Alors alors je le supprime,
Alors alors il n'est plus là,
Rhabille-toi, reprends ta frime.

Les yeux mi-clos,
Sournoisement, je le méprise, souriante,
Agaçante, éparpillée, lascive, insouciante,
Je le défie sans dire un mot.
Rieuse, j'attends l'étincelle
De son désir,
Pour qu'encore une fois il chancelle !
Mais non mais non... il faut partir !
Va donc retrouver tes oiselles,
Va va jouer un peu plus loin,
Retourne donc à tes catins.

Tu triches, Majesté,
Rajuste ta couronne,
Tu pourrais faire pitié...
Ah je dois t'avouer...
Ces heures d'intimité,
Ce n'était qu'une aumône...
Ah laisse-moi l'ami,
Vite vite va donc... j'ai besoin de répit.









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