Vendredi 28 Février 2003.



Le froid nous aime cette année, emmitouflés, les yeux rougis, les mains douloureuses, chacun trottine, tête basse, col remonté jusqu'au front - presque... - ou bien écharpe sur le nez...
La neige, elle, s'est fait attendre, elle nous préparait en grand mystère, une jolie tempête en fin de semaine...

La tête dans les étoiles, ce soir, j'évite les réflexions trop approfondies...:) je préfère laisser aller, ne rien voir de trop près... lâche que je suis...

Pourtant, il est là le rêve, celui qui chatouille le coeur et le rend tout "chose"... l'autre... et puis... et puis... celui qui secoue un peu comme ces vents capricieux...

Les souvenirs, quelquefois, avec le temps, ressemblent à des songes, ou bien sciemment, on leur donne le ton particulier et inoubliable des rêveries qui touchent l'âme et l'habitent pour l'éternité.

On a tous au fond de nous des visions, des parfums, des sons pas comme les autres, des images nichées derrière une petite porte fermée à double tour... :)

Je me souviens... eh oui... encore...

C'était New York, drôle de dame tout en contrastes... élégante, fascinante, effrayante... à la fois grandiose et attachante, éclatante de beauté, effarante de pauvreté. Brillante comme aucune autre, déchirante comme personne !

Stéphanie et moi, un été bouillant, cinq longues semaines dans un petit hôtel plus que simple... mais tout bourré de charme... à deux pas de Times Square. Doux bonheur que de faire le vide, de laisser loin bien loin les mille et un tracas de la vie ordinaire :)

Le soir, pas question de sortir seules, nous dégustions des fruits rafraîchis et, du petit escalier, papotions gentiment toutes les deux... mais le plus souvent avec Val, petit copain de Stéphanie. Interprête de l'hôtel, il parlait le français tout à fait bien.

Ce jour là, Marshall est venu nous voir de Washington. Il nous a emmenées visiter l'Empire State Building... J'ai le vertige... seulement je suis orgueilleuse... alors je suis montée... oui oui jusqu'en haut... comme une nausée au bord des lèvres... en bas les voitures étaient minuscules... en bas... j'étais si contente de m'y retrouver un peu plus tard !

Je ne sais plus trop mais à un moment donné, nous marchions tous les trois sur Cinquième Avenue.

Toutes ces vitrines luxueuses, cette foule élégante et puis...

Quelque chose m'a fait tourner la tête.

Je me souviens... encore oui :) ... mais pourquoi juste moi ?

"Elle" marchait lentement ou bien elle était immobile, je ne le sais plus, je ne l'ai peut-être jamais su.

Mais, d'un seul coup, je n'ai plus vu qu'elle. Petite, de longs cheveux pâles tombant sur des épaules menues. J'ignore la couleur de ses yeux, il me semble que tout en elle était pâle, comme si elle n'était plus vraiment tout à fait là, comme si une partie d'elle était déjà là-bas dans un monde qu'on dit parfois meilleur, dans un monde que je ne connais pas.

Sur Cinquième Avenue, à ce moment précis, il n'y a plus eu qu'elle, juste cette minuscule dame.
Je sais qu'elle était jeune. Affreusement jeune.

Elle ne demandait rien, elle ne parlait pas, ou plutôt si, les bras levés, elle remuait les lèvres comme on prie, comme on supplie. Elle avait la forme de l'abandon, celle du malheur.

Elle n'était qu'une image tellement ignorée de la désespérance.
Sans voix elle priait peut-être ? Qui sait ? "Il" l'avait entendue peut-être ?

C'est un peu comme si personne d'autre que moi n'était conscient de sa présence.
Les passants la croisaient indifférents, les rires ne s'arrêtaient pas, les conversations fusaient, pimpantes, ignorantes, égoïstes, cruelles.

Combien de temps l'ai-je vue ?
Pas plus d'une demi minute sans doute ?

Et pourtant, comme si le temps s'était arrêté, je l'ai violemment ressentié. J'aurais aimé la consoler, lui dire des mots tendres ! M'aurait-elle seulement entendue ?

Est-ce son fantôme qui depuis ce jour n'a plus quitté mon esprit ? Comment savoir ?

Petite ombre fragile, elle a éteint le soleil qui brillait ce jour de juillet.

Elle se mouvait lentement dans une espèce de brume dense.

Lorsqu'il a fallu la dépasser, j'ai senti une boule douloureuse dans ma gorge. J'aurais voulu me retourner, aller la serrer dans mes bras. Mais ça ressemblait à ces rêves dans lesquels on essaie de toutes ses forces de faire un geste sans avoir la faculté de seulement l'ébaucher.

Petite Madame, je t'ai abandonnée ce jour-là et j'ai toujours les yeux mouillés quand j'y pense.

Pourtant quand je t'ai quittée, sans avoir eu besoin de me retourner, tu as disparu et ça je le sais, tu as volé vers ce pays où il ne fait jamais froid, où il ne fait jamais faim et où les oiseaux chantent nuit et jour. Et cette certitude m'enveloppe comme une caresse. C'est tellement bon.



Ce soir, je me suis souvenue. De toi, de New York, de tes souffrances et des siennes. Mais aussi de toutes ces plaintes lointaines que l'on n'entend pas.



Allons allons... non je ne suis pas triste ! Qui donc a dit que la vie était un chemin parsemé de pétales de roses ... ? :)



Faites tout un tas de jolis rêves couleur sourire ! C'est ma couleur préférée !



A plus tard mes amis :)



Votre Mellia.



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