L'inconnu

 

Il n'a pas de regard,
Ce sont ses doigts qui voient,
Indiscrets et brutaux, exigeants et sûrs d'eux.
Il allonge mon corps, sans mot dire,
Sans soupir,
Il n'est pas vraiment là.

Je hais cet inconnu, ces mains qui m'exaspèrent
Mais qui me font gémir et mourir de plaisir,
Le coeur à la dérive, je déteste mon corps,
Ma faiblesse et ces seins qui se gonflent et durcissent...
Mes cuisses qui s'étirent malgré moi et sans moi,
Ma taille qui se cambre, la danse de mes hanches.

Pauvre aveugle démente,
Je voudrais étouffer ces hurlements aigus,
Criant ma jouissance, et suppliant l'amant,
Lorsque sournoise et traitre, coule cette rosée
Révélant à la lune et à cet impudent
Un plaisir déplorable et pourtant évident.

Naissent au fond de moi les cris silencieux,
"Laisse-moi... va-t-en, crève !"...,
Mais ils meurent sous mon front,
Tandis que l'inconnu, sournois et victorieux
D'un coup de rein m'achève...
Et que j'exhale, éteinte, un soupir bienheureux...

Sous mes paupières fermées, les larmes sècheront,
La boule douloureuse dans le fond de ma gorge
S'effacera un temps...
Il s'en va, l'inconnu, je le hais... je le hais...
Et comme chaque fois, je pense "plus jamais !"...
Et comme chaque fois, j'attendrai son retour.





Envoyer




Poésie

Accueil



Copyright © Mellia
Tout droits réservés