Vendredi 13 Février 2004.



... Le temps... le temps ? ah rien ne change, il sait, il entend mais n'écoute pas.

Perdant toute ma dignité, je lui ai même couru après, mais quoi, il a souri et puis même il a ri et a couru encore plus fort... La rage au coeur, j'ai abdiqué.

Je l'ai prise ma pause. Contre mon gré. Il y avait tant à faire. Et le temps me filait entre les doigts.

Me revoici, vexée, échevelée, perdante... en plein coeur de l'hiver canadien !

Entre-temps - décidément on ne parlera que de "lui" - l'année 2003 s'est éteinte et on a fêté cette année nouvelle comme toujours, avec joie et sans regret. Il y a là quelque chose d'inexpliquable, on se plaint tant que tout passe trop vite mais on est fous de bonheur chaque fois que ce chiffre changeant nous démontre avec une telle évidence ce qui nous dérange si fort. Et même, cette mort et cette naissance, sont sans doute ce qu'on célèbre avec le plus de passion. C'est tellement contradictoire et tellement humain...

Oui c'est vrai, on a ri, on a chanté, on a dansé et puis même on a bu... au point que le monde ne se ressemblait plus. Parfaitement parfait... et nous étions ce monde !

Janvier 2004 nous a fait payer tous ces délicieux abus en nous offrant des - 50 degrés celsius. Mais si mais si, j'ai bien écrit moins cinquante degrés celsius.

L'Ange et moi, on avait déjà supporté de ces gros froids. Un jour que nous passions la frontière américaine pour mon visa, voulant aller prendre une boisson chaude, on avait même décidé de marcher à reculons... quand on s'est assis dans ce petit café bien chaud, nos lèvres étaient tellement gelées qu'on a dû attendre pour commander !

En ce vendredi 13 février, veille de la fête de l'Amour, quelque chose dans l'air laisse présager un peu de neige, mais même la plus grosse tempête au monde ne pourrait déranger ceux qui s'aiment.

Les fêtes, comme chaque année, l'Ange et moi les avons passées dans la simplicité.
Comme nous aimons lui et moi.
Cet Amour qui nous lie est indestructible. Il ressemble à celui dont parle Khalil Gibran dans "Le Prophète" :

" Aimez-vous l'un l'autre, mais ne faites pas de l'amour une chaîne...
Et tenez-vous ensemble, mais pas trop proches non plus :
Car les piliers du temple s'érigent à distance,
Et le chêne et le cyprès ne croissent pas à l'ombre l'un de l'autre".

Un Amour pur comme un nouveau-né, solide comme les "Rocheuses", c'est bien celui qui nous unit l'Ange et moi.

Ma confiance en lui n'a aucune limite, c'est une confiance que j'avais cru perdue.
Amenuisée puis vaincue par tant de défaillances, tant de croyances mortes qui nous font chaque fois mourir un peu.

Les fausses amitiés et les amours qui trompent, tous ces serments rusés, inventés pour faire mal, je les ai oubliés pour toujours. "Je t'aime" trois petits mots incongrus qui ont perdu leur sens parce qu'on les dit sans vraiment y songer. Trois petits mots faciles à dire, qui se prononcent à tort et à travers. On n'aime pas si facilement. Amitié, tendresse, amour, ce sont des mots sérieux, il ne faut pas en encombrer notre vocabulaire. Et même les "je t'aime bien" alors qu'on se connait à peine, il faudrait bien les éviter. Il est même des "je t'aime bien" qui semblent aller de soi... mais qui n'ont jamais simplement vu le jour. L'hypocrisie fera toujours partie de notre monde. L'homme ne nait ni bon ni mauvais. Et nous naissons tous inégaux. Seule la mort nous fait égaux.

C'est bon d'être capable de voir clair et - lorsqu'on est priviligiés - de savoir reconnaître toute la chance que nous avons lorsque l'amour, le seul, le vrai, nous accompagne.

Tout va bien ce soir puisque l'Ange va bien.
Tout va bien puisque tous mes anges sont en sécurité !

Ce qu'on possède déjà là... juste là, on le cherche souvent longtemps, C'est comme si on se créait une pénombre qui nous rendrait aveugles, bornés !

Et le bonhomme Yver ? il ne craint pourtant pas les grands froids, comment le pourrait-il ? il est de glace.

Alors serait-ce, tout au contraire, la chaleur de mon petit coeur préféré - oui oui le mien :) - qui l'a fait reculer dans son univers sombre et opaque ? y cachant l'étincelle cruelle de ses regards sous le rideau chauve et plissé de ses paupières.

Je ne sais pas haïr, je ne le voudrais pas, mais le bonhomme Yver est effrayant.

Oh que personne ne me trahisse. Et je compte sur vous tous. Il pourrait se sentir plus fort et revenir chatouiller encore les bouts de mes orteils alors même que mon seul désir est de dormir en paix !

Mais il faut l'oublier, l'indifférence nous fait plus forts parfois !

"Profitons de l'instant qui passe, saisissons-le à bras le corps, caressons-le, bichonnons-le et ne le lâchons pour rien au monde !"...

Voilà... et je vous souhaite à tous et à toutes une douce et tendre fête de la Saint-Valentin !

Et que ces quelques réflexions sur l'amour ne vous attristent pas.
Elles ne sont le reflet que de mon opinion.

Et puis il y a au moins une chose dont je suis certaine, c'est que demain, pour la Saint-Valentin, vous vous tournerez tous avec bonheur vers celui, celle, ceux que vous aimez profondément.

Nous n'oublierons personne, l'amour quelqu'il soit est rare et fragile. Mais quand on sait le bâtir et le protéger, il est notre force et notre bonheur pour l'éternité.

L'Ange dort, il me tarde de m'endormir bientôt...

A bientôt mes amis !

Votre Mellia.



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