Lundi 6 Décembre 2004.



Le temps chemine doucement.

C'est du moins l'impression qu'il m'a donnée juste avant que ne vienne hier soir.

La vie déroulait ses méandres, je n'en étais plus là, je m'étais absentée un temps.

Ou encore j'avais ralenti le pas inconsciemment..

Lentement, un pas après un pas, je me déplaçais tout entière au ralenti.

J'ignore ce qui m'a réveillée. Le temps courait si loin de moi que je n'en voyais plus rien.

Trop tard pour le retenir. Trop tard pour ce bout de chemin perdu.

Mais est-ce bien important ?

L'heure passait sans que j'en tienne compte...

Le jour la nuit étaient pareils.

Mon temps d'hibernation a débuté en Septembre...

Je me suis réveillée hier soir. Lentement j'ai remis mes pieds dans le temps présent.

J'ai regardé la rue et je suis sortie. La nuit m'a surprise, elle était presque trop brillante. Peut-être à cause des flocons de neige. Le froid m'a pénétrée d'un seul coup, il m'a prise en flagrant délit d'oubli et m'a reproché mon absence.

J'ai été aveuglée en pénétrant dans un café très éclairé. J'avais perdu l'habitude. Mais le bruit m'a rassurée, le monde aussi. J'ai même aimé supposer que si tout était aussi gai c'était uniquement pour m'accueillir... Toujours ce besoin de se penser indispensable à quelqu'un ou quelque part dans le monde... ne serait-ce qu'un quart de seconde !

Les yeux perdus dans mon chokacchino, j'ai bu lentement et une chaleur confortable a envahi mon visage. J'ai fermé les yeux et je me suis souvenue longtemps... si longtemps que j'en ai perdu la notion du temps... décidément, j'ai des problèmes avec le temps... il allait trop vite, il s'est presque arrêté... juste l'espace d'un instant.

Un peu plus tard, j'ai rejoint mon petit Jingles. Je crois bien qu'il m'a souri. Content de me retrouver pareille à avant.. avant maintenant. Dans ses yeux tout pleins de tendresse, il y avait toutes les étoiles du monde. J'ai laissé glisser mes doigts dans la douceur chaude de sa fourure. Je me demande s'il ne ronronnait pas. Il a eu un grand frisson de joie et il a posé son nez sur ma jambe, a laissé aller un grand soupir de bonheur et s'est endormi. Il était heureux, je l'étais aussi et de ça aussi je suis certaine.

La rue bourdonnait de ce bruit particulier des fins de semaine. J'ai écouté avec plaisir comme on s'extasie sur les plus petits détails lorsqu'on revient à un endroit aimé après l'avoir longtemps abandonné.

C'était comme si, après m'être perdue, je retrouvais mon chemin.

Un peu plus tard, je rêvais si joliment. Un "je ne sais quoi" m'a réveillée. Empêtré de sa carrure de géant, il est si maladroit le Bonhomme Yver. Il avait l'air charmé de me revoir mon vieil ennemi. Il avait dû imaginer tant d'idées tordues pour m'effrayer pendant tout ce temps... Je ne lui avais jamais vu un masque aussi glacial. Son visage paraissait vert et il mâchonnait comme s'il aiguisait ses vilaines dents jaunes. Mais là, personne, vraiment personne ne pourrait plus me faire peur. Paisiblement, j'ai pensé à tous ceux que j'aime le plus au monde. Pour rassembler dans mes yeux cette immense tendresse qui le met tellement en colère. Ça devait brûler bien fort parce que de vert il est devenu rouge comme un coquelicot. Sur une de mes joues, j'ai senti couler quelques goutes de sa sueur, toute froides. Ça m'a fait sourire. C'en était trop, d'une main il a aggripé ma gorge. J'ai entendu un grognement. Je crois bien que Jingles lui grignotait les orteils. Bonhomme Yver a rugi et m'a lâchée. Je me suis armée de courage et j'ai levé une de mes mains. Je l'ai posée sur ses cheveux et je me suis abstenue de gémir, il a de si vilains cheveux, leurs pointes se dressent sur sa tête comme le sommet des icebergs. Choqué par tant de douceur, il a fait un faux mouvement et a basculé jusque sur le sol dans un bruit d'enfer. J'ai vu sa grande ombre crochue courir jusqu'au balcon, et son grand corps laid et maladroit s'est mis à tourbillonner au même rythme que les flocons de neige. Les pieds nus plantés dans la neige, je l'ai regardé disparaître derrière la ligne d'horizon. J'ai vu je crois une ombre pâle bordée de noire... c'était sûrement la Dame Blanche, ils sont tellement pareils !


À présent c'est le temps de dormir. Le Bonhomme Yver, je pourrais le jurer, ne reviendra pas de sitôt !

Quant aux anges, ne soyez pas inquiets, ils ne me quittent pas. Et je sais bien aussi que les anges ne meurent pas. Peut-être après tout y-a-t-il des "demi-anges" ?

Comme chaque soir, encore une fois je ferai quelques pas de danse et je chanterai en pensant au temps quand il est doux. Il suffit justement de ne pas s'endormir, il suffit de saisir les petites friandises quand la vie vous en fait cadeau.

Bientôt les fêtes de Noël ! Déjà les petits enfants rêvent aux jolies surprises et au Père Noël qui, au Pôle Nord, travaille dur rien que pour faire briller leurs yeux !

À bientôt !
Et si jamais je ne revenais pas avant, je vous souhaite de très jolies fêtes et une délicieuse nouvelle année !

Votre Mellia.




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