Deux gouttes de rosée

 

Vêtue de teintes neutres,
Comme flottant, inconsistante,
Frôlant si bien les murs
Qu'on l'aperçoit à peine,
Elle a le pas muet,
Le regard invisible, et cette humilité
De ceux-là solitaires qui glissent vers l'oubli
Mais pourtant, songez-y, sensibles à si peu.

Parfois, juste un instant,
Prenez sur votre précieux temps.
Lorsqu'à la lueur d'un lampadaire effronté
Alors qu'elle lèvera le front,
Furtivement, comme gênée de tant d'audace,
Ne détournez pas votre regard.
Si vous lui souriez, emplissez-vous de la douceur
De ses yeux fatigués, comme décolorés.
Elle tressaillera peut-être, affolée de sa hardiesse.

Surtout faites silence,
Vous pourriez l'effrayer,
Malgré ses jambes affaiblies,
Elle pourrait bien s'enfuir, comme biche affolée.
Si vous êtes prudents alors, ce sourire, ce soir, elle le rangera,
À petits gestes mesurés,
Dans ce petit recoin secret
Où s'entassent mille et un trésors.

Non, point d'argent, encore moins d'or, non, simplement quelque gaîté,
Des regards tendres, de ces gestes qui parlent au coeur...
Cela vous paraît peu sans doute ?
Pourtant lorsque viendra pour elle le temps de s'en aller,
Ce sera grâce à vous qu'elle partira plus riche !
Et il se peut qu'un jour,
Vous ressentiez un sentiment de réconfort.
C'est que pour effacer de votre front soucieux, une petite ride,
Elle y aura versé deux gouttes de rosée.





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