LE LAPIN ET LE CORBEAU
Monsieur du corbeau sur un arbre perché,
Dégustait sans vergogne son inactivité.
Monsieur lapin tout ébaudi l'observait depuis un instant...
- Monsieur du corbeau, murmura-t-il timidement,
Je reconnais volontiers ma condition de prolétaire,
Mais, dites-moi, croyez-vous donc que je puisse pareillement,
Poser tranquillement au sol le fond de mon humble derrière,
Et prendre vraiment tout le temps de prendre juste un peu de bon temps ?"
Monsieur du corbeau, calmement, l'écoutait fort aimablement...
Il dit faussement paternel, l'air un peu las, donc à mi-voix :
- Bien entendu, mon doux lapin, revêtu d'un beau ponpon blanc,
Je ne vois vraiment pas pourquoi toi, grâcieux hôte de ces bois,
Le droit ne te serait pas offert de parfois prendre tout le temps,
De relaxer tes jolies pattes, d'arrondir un peu ton échine,
Et de goûter l'instant suprême d'un repos fort bien mérité !"
Monsieur lapin, réconforté par ces paroles inespérées,
Laissa alors, avec délice, choire son arrière-train parterre...
Sentant ses pattes mollir de joie, il s'endormit à ne rien faire.
Maître renard passait par là, le fromage n'était pas là-haut...
(Le corbeau connaissant la fable, le gardait pour la nuit tranquille
Que Monsieur lapin, fort naîf, avait offerte à ce vaurien...)
Maître Renard s'approcha donc, vit Monsieur lapin endormi,
Hésita, pensa au corbeau, mais affamé il engloutit
Monsieur Lapin qui n'en sut rien...
Moralité :
Pour rester assis dans son coin, à ne rien branler,
Mieux vaut sans doute être très haut placé...
... Mais la loi de la gravité
Fait que tout ce qui est perché
Un jour ou l'autre revient sur terre,
Comme un vulgaire prolétaire...
Et ayant seulement étudié
À ne rien faire et profiter,
Finit au fond du caniveau...
Ou dans la soie d'un beau caveau...
L'un ou l'autre n'étant guère mieux...
Hé... Bonjour Monsieur du Corbeau...
Mellia
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SPÉCIAL SOURIRE
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