Soldat.



On ne les aime pas et ils le savent
Ils ne font pas de politique, ce sont des soldats.
Quand on leur a ordonné de partir ils ont obéi, c'est naturel.

La guerre est finie depuis de longs mois mais ils ne peuvent pas rentrer chez eux.
Chaque jour, dans le journal on lit quelques mots laconiques : « aujourd’hui, cinq sont morts, dix sont blessés… ».
C’est sans commentaire.

Leur plus grand tort est d’être américains.
Personne ne les aime.
Quand un soldat est abattu, on voudrait allumer un feu de joie, ce sont les envahisseurs, armés jusqu ‘aux dents, ils viennent d’un pays haï alors…

On a offert aux méchants soltats des chars «dernier cri », de beaux hélicoptères et tout ce qu’il faut pour qu’ils soient les plus forts.
Alors pourquoi pleurent-ils ?
Pourquoi leurs nuits sont-elles bordées de cauchemars ?
Pour quelle raison ont-ils peur de demain ?
Peur de ne plus jamais revoir leurs familles, de ne rentrer chez eux que dans un cercueil ou encore handicapés à vie.

On ne leur a pas laissé le choix. Ils resteront jusqu’à ce qu’on les autorise à rentrer chez eux.

Chaque jour des familles prennent le deuil.
Lorsque les corps des soldats sont rapatriés, ils ont droit à un enterrement sans honneur.
Ils sont morts pour rien.

Ils sont là-bas dans un pays qu’ils ne connaissent pas, entourés de haine, habillés de leurs vieux uniformes qui ressemblent à l’oubli.

Leur désespoir est si fort qu'ils pleurent. Parfois, ils se suicident.
Ce sont des hommes ou presque des enfants, des enfants qui ont fini de rêver.
Ah c'est vrai qu'un soldat ne rêve pas.

Noël sera là bientôt.
Peut-être malgré tout arriveront-ils à se souvenir de ces autres années lorsque la famille se réunissait, lorsqu’il flottait un peu partout ce parfum de tendresse.

Ah mais voyons, restons-en là. Surtout qu'ils sont américains, alors...







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