Certains fonds affichent un label ESG tout en excluant peu de secteurs controversés. D’autres revendiquent une démarche ISR mais investissent dans des entreprises notées médiocrement sur les critères environnementaux. La confusion règne jusque dans les rapports annuels, où les sigles s’entremêlent sans toujours correspondre à la réalité des portefeuilles.
Un même produit financier peut ainsi répondre à des exigences très différentes selon l’approche retenue, allant de la simple prise en compte de critères extra-financiers à une sélection stricte d’actifs. Les investisseurs et les entreprises naviguent dans un paysage où la frontière entre responsabilité et performance reste mouvante.
Finance durable : pourquoi en parle-t-on autant aujourd’hui ?
La finance durable s’est imposée dans le débat public, portée par la multiplication des alertes climatiques, la persistance de défis sociaux et l’exigence croissante de clarté. Entreprises, fonds et épargnants tentent d’accorder leurs choix à des principes de responsabilité sociétale. Les vocabulaires s’accumulent : finance verte pour accélérer la transition énergétique, finance solidaire pour soutenir des initiatives à fort impact social, finance responsable qui intègre les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) à chaque arbitrage.
L’adoption de la taxonomie européenne et l’application du règlement SFDR ont changé la donne : les acteurs financiers doivent désormais démontrer la « durabilité » de leurs produits. L’ombre de l’Accord de Paris plane sur les stratégies, obligeant les sociétés de gestion à mesurer leur apport au développement durable. En France, la loi Pacte a replacé l’investissement responsable au centre des préoccupations, poussant les entreprises à revoir leur modèle.
Ce bouleversement réglementaire répond à une attente sociétale forte. Les citoyens veulent des comptes. Les ONG surveillent le greenwashing. Les marchés s’ajustent. Désormais, la performance se mesure à l’aune de l’impact, pas seulement du rendement. Un nouveau langage s’installe, marquant la rupture entre l’ancienne finance et la dynamique multiple et exigeante de la finance durable.
ESG, ISR, RSE : trois notions clés, mais pas interchangeables
Dans l’univers de la finance durable, les sigles se multiplient et sèment parfois le trouble, y compris parmi les initiés. Trois notions structurent le secteur : ESG, ISR et RSE. Chacune a ses spécificités, ses usages, ses référentiels.
Le ESG fonctionne avant tout comme une grille d’analyse. Les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance servent de socle pour évaluer la capacité d’une entreprise à limiter son empreinte carbone, respecter les droits fondamentaux ou mettre en place une gouvernance équilibrée. Cette approche irrigue l’analyse de risque, la sélection d’actifs et la gestion de portefeuille.
L’investissement socialement responsable (ISR) relève d’une démarche de sélection. On choisit, dans un univers d’investissement, les titres qui répondent à des exigences sociales, environnementales ou de gouvernance strictes. Le label ISR français, le label Greenfin pour la finance verte ou le label Finansol pour l’épargne solidaire balisent le marché, mais les stratégies diffèrent : exclusion de certains secteurs, sélection des meilleurs élèves (« best-in-class »), approche thématique ou dialogue actionnarial.
La responsabilité sociétale des entreprises (RSE) concerne le fonctionnement même de la société. Elle consiste à intégrer les principes de développement durable dans la stratégie, les process et la relation avec les parties prenantes. La RSE ne se limite pas à la communication : elle touche la gouvernance, la chaîne d’approvisionnement, la politique de ressources humaines, l’empreinte environnementale.
Trois concepts, trois logiques, un cap : conjuguer performance et impact social et environnemental, au-delà des indicateurs financiers classiques.
Comment distinguer concrètement ESG, ISR et RSE dans la pratique ?
Dans les faits, la différence entre ESG, ISR et RSE se joue à plusieurs niveaux, du pilotage stratégique à la mesure de la performance. Le terme ESG s’impose d’abord comme un outil d’analyse. Les sociétés de gestion utilisent ces critères pour apprécier la qualité d’un actif, au-delà de la performance financière. Cette méthode irrigue désormais la majorité des portefeuilles, notamment ceux classés fonds article 8 ou fonds article 9 selon la réglementation SFDR.
L’ISR va un cran plus loin. Il s’agit d’une stratégie d’allocation fondée sur la sélection de titres respectant une démarche extra-financière rigoureuse. Les gérants peuvent choisir les entreprises les mieux notées sur les critères ESG (approche best-in-class) ou écarter certains secteurs jugés incompatibles avec leurs valeurs. Le MSCI World SRI applique cette logique, en ne retenant que les sociétés les plus vertueuses de chaque secteur.
La RSE, elle, s’ancre dans l’organisation interne et la politique globale de l’entreprise. On la retrouve dans des engagements formalisés en matière de climat, de dialogue social, de gouvernance ou d’éthique. Ces démarches sont parfois contrôlées selon des référentiels comme le Global Reporting Initiative ou validées par des labels externes.
Voici comment ces notions se traduisent dans les pratiques :
- ESG : outils d’analyse et de notation pour les investisseurs.
- ISR : stratégies de gestion de portefeuille intégrant des critères ESG.
- RSE : politique d’entreprise intégrant la responsabilité sociétale au cœur des pratiques.
L’articulation de ces trois axes façonne aujourd’hui la stratégie des acteurs de la finance durable. La performance ne se conçoit plus sans prise en compte de l’impact généré.
Comprendre les enjeux pour mieux investir responsable demain
La finance durable dépasse le simple effet de mode : elle guide désormais les choix de gestion dans un contexte où transition énergétique et attentes sociétales deviennent incontournables. Investisseurs institutionnels comme particuliers évoluent dans un univers où les critères ESG sont devenus une référence. Le cadre européen, via la taxonomie et la directive SFDR, impose des exigences de transparence sur l’impact social et environnemental des actifs.
Pour répondre à ces attentes, des standards solides comme le Global Reporting Initiative offrent une base commune pour comparer la performance extra-financière des entreprises. Désormais, la distinction s’affine entre la RSE portée par les entreprises, les stratégies ISR des gestionnaires et l’analyse ESG menée par les investisseurs. Ces outils transforment la gestion des portefeuilles et réorientent le capital vers des acteurs engagés.
Quelques tendances structurent ce mouvement :
- La demande d’investissement responsable bondit, preuve d’une prise de conscience collective des limites des approches classiques.
- Les labels comme ISR ou Greenfin guident le marché, mais la vigilance s’impose pour écarter le greenwashing et tenir la promesse de l’Accord de Paris.
- Du côté des investisseurs, la cohérence prime : ils recherchent des actifs performants et alignés avec des valeurs de développement durable.
Désormais, la performance se conjugue au futur. Elle ne se limite plus au rendement immédiat, mais s’inscrit dans une dynamique où résilience, gouvernance et impact sociétal redessinent le visage de la finance.


